Figures féminines fortes dans l’histoire et leur influence sur l’image de la femme moderne

À certaines époques, les femmes étaient glorifiées, voire vénérées, tandis qu’à d’autres, leur potentiel était sous-estimé, ou même complètement ignoré. Quoi qu’il en soit, l’image de la femme est toujours dynamique, en constante évolution et transformation, acquérant une force de plus en plus unique à chaque siècle. Mais quelles sont les figures féminines clés de l’histoire mondiale qui ont le plus influencé la perception de la féminité et notre image actuelle?

Les images féminines dans la préhistoire et les temps antiques: de la mère à la guerrière

Ne parlons pas du fait que, pendant de longs siècles, les femmes ont subi des discriminations et ont été privées même des droits les plus élémentaires, comme celui de choisir elles-mêmes leur époux ou leurs propres vêtements. Pourtant, à toutes les époques, il a existé des images féminines fortes et des exemples concrets des femmes fortes, c’est d’elles que nous allons parler aujourd’hui. C’est en grande partie grâce à elles que nous ne dépendons plus de personne d’autre que de nous-mêmes.

Et tout a commencé avec la Mère. Dans le monde primitif, c’était la figure féminine principale la plus puissante, plus puissante même que les hommes. Les célèbres statuettes paléolithiques de Vénus aux traits féminins très marqués, propres aux mères, en témoignent: une poitrine généreuse, un ventre volumineux. À cette époque, le pouvoir des femmes était incontestable: qui aurait le droit de décider de son propre destin, et même de celui de la tribu, si ce n’est pas la femme qui met au monde ses nouveaux membres, qui donne une nouvelle vie? C’est alors aussi qu’est née une association solide entre les mères et la terre, en raison de leur fonction commune qui est la fertilité. La femme occupait une place dominante dans la société, en tant fondatric de la lignée. Tout a changé lorsque les hommes sont passés d’un mode de vie nomade à un mode de vie sédentaire et ont commencé à jouer le rôle de pourvoyeurs et de protecteurs, ce qui a fait passer le pouvoir des mains des femmes bienveillantes à celles des hommes.

Pendant de longs siècles après cela, les femmes fortes n’apparurent dans l’histoire que de façon épisodique, comme étant exceptions, pourtant très marquantes, de leur époque. Ainsi, dans l’Égypte antique, les femmes pouvaient non seulement occuper de hautes fonctions d’État, être prêtresses ou même reines, mais aussi soigner: on connaît au moins une dizaine de femmes qui prodiguaient des soins médicaux au même titre que les médecins hommes, rédigeaient des travaux scientifiques sur l’accouchement et la grossesse, et étaient même enterrées avec les honneurs, comme des médecins éminents. En outre, les femmes pouvaient diriger des hommes sur des travaux de projet, participer aux fêtes et aux cérémonies sans restrictions et même disposer de biens. On peut citer l’exemple de Cléopâtre, la dernière reine d’Égypte, qui n’a vécu que 38 ans, mais dont les légendes et les films continuent de circuler à ce jour. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement son courage — Cléopâtre s’est donné la mort pour ne pas se rendre aux Romains, lorsque l’Égypte tomba — mais aussi son intelligence, puisque, selon certaines informations, Cléopâtre connaissait environ sept langues, ce dont même les hommes les plus instruits de l’époque ne pouvaient se vanter. Cléopâtre, cependant, n’était pas la seule figure féminine forte de l’histoire de l’Égypte — il convient aussi de rappeler Hatchepsout, que les historiens considèrent comme “la première grande femme de l’histoire” et que l’on vénérait à tel point que l’on a créé à son image les légendaires  sphinx (oui, ils ont précisément son visage).

Dans la Grèce antique, les femmes avaient elles aussi une part de libertés dont les femmes d’autres pays n’auraient même pas osé rêver. Parmi les personnalités féminines fortes, je citerais ici Sapho — l’une des premières femmes poètes, qui vivait sur l’île de Lesbos, où les femmes, en général, menaient une vie sociale active, presque indistincte de celle des hommes. Sapho entra dans la liste des Neuf lyriques grecs, une sorte de canon des poètes de la Grèce antique dont les œuvres ont exercé la plus grande influence sur l’histoire humaine. Elle consacrait ses vers à la sexualité féminine, à l’amour et aux désirs, défiant ainsi les autres poètes.

Les images féminines les plus puissantes qui nous viennent de la Grèce antique sont celles des déesses, telles que Artémis (déesse de la chasse), Athéna (déesse de la musique), Déméter (déesse de la nature) et Aphrodite (déesse de la beauté). Déjà dans la mythologie grecque, on observe une tendance à doter les femmes de force et de pouvoir, mais en même temps d’un caractère explosif et “masculin” (il suffit de rappeler la légende où Athéna transforma en Méduse la femme qui avait profané son temple).

On retrouve ces figures fortes plus tard dans l’histoire d’autres pays. Par exemple, dans la Rus’ ancienne. J’ai toujours été particulièrement fasciné par la princesse Olga, la première souveraine russe à avoir adopté le christianisme, mais qui s’est fait connaître non pas pour sa vertu, mais pour son caractère obstiné, dur et même vengeur. Selon la légende (confirmée par de nombreux historiens), son mari, le prince Igor, a été exécuté par les Drevliens, auxquels il était venu réclamer un tribut. Afin de se réconcilier avec la princesse Olga, restée au pouvoir avec son fils mineur, après cet acte terrible, ils lui ont proposé de se remarier avec un membre de leur noblesse. Olga a enterré vivants les premiers prétendants et brûlé vifs les seconds dans un bain public. Olga finit par accepter le mariage et se rendit en personne chez les Drevliens, mais elle déclara qu’avant le mariage, elle souhaitait organiser un banquet (trizna) en l’honneur de son mari défunt au même endroit. Lors du festin, Olga massacra tous les Drevliens qui faisaient la fête, après quoi elle entreprit le siège de la ville dont les habitants s’étaient précipités à se barricader. On dit que la clé de la victoire d’Olga fut les oiseaux: elle proposa aux Drevliens la paix en échange de trois pigeons et trois moineaux provenant de chaque maison drevlienne. Après avoir reçu les oiseaux, Olga attacha des tiges enflammées à leurs pattes, et les oiseaux s’envolèrent précipitamment vers leurs nids. C’est ainsi qu’elle réduisit la ville des Drevliens en cendres et vengea le prince Igor.

Cette histoire est impressionnante, n’est-ce pas? Tout d’abord par sa sévérité, qui n’est pas le propre de toutes les histoires de souverains masculins. La reine de France, Catherine de Médicis, a laissé une image féminine similaire et une empreinte dans l’histoire. Les historiens affirment qu’elle est responsable de la nuit de la Saint-Barthélemy, au cours de laquelle les catholiques ont perpétré un génocide contre les huguenots. Elle a également contribué au développement de la culture française, car elle était réputée pour son amour de l’art et faisait de généreux dons financiers pour son développement. Catherine de Médicis est restée au pouvoir (bien que informellement) même avec trois fils adultes encore en vie. Elle avait également une tendance scandaleuse à enfreindre les règles et les traditions, par exemple en portant toujours une robe de deuil noire après la mort de son mari, alors que celle-ci était considérée comme un vêtement funéraire et ne convenait pas à un usage quotidien.

À une époque plus ancienne, entre la princesse Olga et Catherine de Médicis, une empreinte très vive dans l’affirmation de la force féminine fut laissée par la légendaire Jeanne d’Arc. Peut-être, d’une certaine manière, peut-on même la considérer comme la première femme self-made: elle parcourut le chemin allant d’une femme docile et douce, telle que la société voulait la voir, à une cheffe courageuse à la tête de sa propre armée, n’ayant rien à envier aux chevaliers. Elle réussit non seulement à convaincre le roi de lui donner une troupe, alors qu’elle n’était qu’une pauvre bergère sans nom, mais elle chassa aussi les Anglais des terres françaises, renversant le cours de la guerre de Cent Ans. Bien sûr, nous savons tous que son histoire s’est terminée tragiquement, par un bûcher, mais Jeanne est finalement devenue un symbole national de la liberté en France, un symbole non seulement féminin, mais aussi religieux.

La Renaissance comme triomphe du naturel

À la Renaissance, les images féminines prennent de nouvelles couleurs. Leur tonalité, plus exactement la nature de leur force, changea. Si toutes les images féminines que j’ai citées plus haut semblaient chercher à s’apparenter aux hommes (à commencer par l’Égypte antique), si elles se distinguaient par l’entêtement, la dureté et même, dans une certaine mesure, une forme de soif de sang, alors, à partir de XVIe siècle, la force féminine fut entièrement repensée. Désormais, la force de la femme réside dans le naturel, dans un calme noble, dans l’acceptation de soi sans chercher à devenir égale à l’homme ou à le dépasser, parce que la féminité est, par définition, incomparable. Il est possible que cet “adoucissement” de la force féminine ait été influencé par le culte de la Vierge Marie, et, avant cela, par la popularité de l’image de la femme presque comme une enfant, chaste et innocente de corps comme d’âme, pieuse, extrêmement silencieuse et douce de caractère. Cette image féminine semble s’être mêlée à celles dont nous parlions précédemment: Cléopâtre, Olga, Médicis, Jeanne d’Arc pour, au final, donner des figures féminines plus harmonieuses.

Ici, je parle davantage de la représentation des femmes dans l’art que de personnalités concrètes, car c’est surtout par l’art que la Renaissance est remarquable et cette évolution de la féminité est la plus facile à suivre. La sexualité féminine cesse d’être pécheresse, au contraire, elle attire l’attention et suscite l’intérêt. C’est pourquoi les femmes sur les toiles commencent progressivement à se dénuder : il suffit de se souvenir de La Vénus d’Urbin du Titien ou de La Naissance de Vénus de Sandro Botticelli. On commence à admirer la femme, sa beauté et sa natur et, en même temps, les femmes deviennent aussi plus actives dans la société. Mais l’image féminine la plus connue et la plus importante de l’époque, bien sûr, est la Mona Lisa de Léonard de Vinci – une dame au sourire énigmatique, incarnation de la beauté européenne typique de son temps, qui paraît absolument naturelle, sans maquillage, sans ornements particuliers ni tenue sophistiquée, et c’est là que résident sa beauté et sa force intérieure. On dit que la Joconde aurait même poussé de nombreuses dames à être plus attentives à l’hygiène personnelle, parce qu’elle-même avait l’air incroyablement soignée, alors qu’à cette époque, dans le Vieux Continent, les maladies et les épidémies faisaient rage en permanence. N’est-ce pas une coïncidence si, précisément au XVIe siècle, commencent à apparaître en vente des huiles, des eaux de Cologne, des parfums, des crèmes et des produits de soin? Après tout, les images féminines ont influencé non seulement ce que sont les femmes aujourd’hui, mais aussi le développement de diverses sphères de la vie humaine, y compris le marché.

Des femmes intelligentes et éclairées

Et vers le XVIIe siècle, l’image féminine change à nouveau: de la mère, elle était passée à la guerrière et à la rivale des hommes, puis à la représentation du naturel féminin, et ensuite au triomphe de l’esprit et de l’intelligence féminins. La première femme dont la force résidait dans sa sagesse et qui me vient immédiatement à l’esprit, c’est l’impératrice de Russie Catherine II. Cette femme légendaire non seulement correspondait avec des philosophes français comme avec de vieux amis, échangeant idées et expériences, mais elle était aussi totalement indépendante dans son pouvoir politique, remporta plus d’une guerre et devint l’incarnation de l’époque des Lumières dans son pays.

Ainsi, Catherine II posa les bases de l’éducation des femmes, en ordonnant à l’État de “donner des femmes instruites, de bonnes mères et des membres utiles de la société” en ouvrant des établissements d’enseignement féminin, où l’on n’enseignait pas seulement la danse, la musique, les travaux d’aiguille et la tenue de la maison, mais où l’on dispensait aussi des matières générales que les hommes étudiaient. Une figure très proche, par la nature de son influence sur l’histoire, est la reine Victoria. Elle aussi augmenta le niveau d’éducation des habitants du Royaume-Uni, mais elle agissait par la popularisation de l’art, en organisant de nombreuses expositions et en favorisant le développement scientifique, artistique et spirituel de la société.

Et un peu plus tard commence l’essor de la “science au féminin”, lorsque les femmes intelligentes cessent de cacher qu’elles sont intelligentes et commencent à participer au progrès technique et à l’invention au même titre que les hommes, malgré le fait que ceux-ci continuent de les sous-estimer et de limiter leurs droits. Ainsi, parmi les figures les plus marquente de l’intelligence féminine, je peux citer avec assurance Marie Skłodowska-Curie — la première femme à avoir reçu le prix Nobel, et ce à deux reprise, chose qu’aucun homme n’avait réussi auparavent. Elle réalisa une véritable percée en chimie et en physique, découvrant la radioactivité de nombreuses substances et leurs effets sur les tissus vivants au prix de sa propre santé, et elle enseigna également à l’Université de Paris, étant la seule femme au sein du corps professoral. Dans la même catégorie, on peut inclure Sofia Kovalevskaïa — la première femme professeure de mathématiques, devenue telle alors qu’en Russie les femmes n’avaient pas encore le droit de faire des études supérieures. Pour pouvoir étudier, Sofia conclut un mariage fictif et s’enfuit à l’étranger.

Rosalind Franklin, qui a découvert la forme en double hélice de l’ADN. Cecilia Payne-Gaposchkin, qui a découvert la composition des étoiles. Ada Lovelace, qui a créé le premier prototype de l’ordinateur moderne. Et ce n’est même pas un dixième de la liste des femmes qu’unit une seule chose: un esprit incroyablement vif et souple, qui ne cède en rien à celui des hommes. Ce sont précisément ces femmes qui ont exercé l’impact le plus puissant sur le rôle de la femme dans la société, ont obligé cette société à prêter attention aux capacités et aux talents féminins, au fait que leur existence ne dépend en rien du genre. Si l’on analyse la littérature et l’art de cette période, il devient évident qu’on y mettait surtout en scène des femmes instruites, dont la force ne résidait plus dans la disposition à exercer une violence physique, à enfanter, ni même dans une finesse extérieure et leur nature physique, mais dans l’intellect. Ainsi s’est révélée une facette totalement nouvelle de la féminité, de nouvelles images féminines sont apparues. En se fondant les unes dans les autres, et en se mêlant aux images fortes du passé, elles ont créé la base de la femme moderne. Mais il manquait encore un certain composant!

Les années 1940: ruse et charme féminins

Ce composant, ou plutôt un nouveau type d’images féminines (et vous pouvez, avec moi, en compter déjà cinq cités dans cet article, représentant une sorte d’étapes dans l’évolution de la féminité), est apparu avec le cinéma. Bien sûr, le progrès technique y a contribué: il a popularisé la littérature, la peinture, élevé le niveau d’éducation du public moyen et, ce faisant, a aussi créé un besoin d’une nouvelle image féminine, d’une nouvelle incarnation de la femme. D’abord et avant tout, évidemment, ce sont les femmes elles-mêmes qui en avaient besoin. En réalité, l’apparition de ces images fut due, en premier lieu, à leur besoin: avant tout, le besoin de défendre le droit d’accès au pouvoir; ensuite, celui de se protéger de la pression masculine; puis, celui d’accepter sa féminité telle qu’elle est; et enfin, de trouver le courage de montrer au monde son intelligence et ce dont elle est capable.

De la même manière, dans les années 40 qui, comme on le sait, furent marquées par la Seconde Guerre mondiale, naquit un besoin d’une image féminine d’un autre genre: rusée, charmante, empruntant des traits à toutes les images précédentes, mais correspondant aux tendances modernes. Peut-être est-ce là la réponse à la question qui tourmenta en son temps l’écrivaine Margaret Mitchell, s’étonnant de voir tout le monde aimer son héroïne Scarlett O’Hara au lieu de la détester.

Je l’avoue: je l’aime de tout mon cœur moi aussi. Mitchell a reconnu à plusieurs reprises en interview qu’elle cherchait à souligner l’égoïsme, l’avidité et même la vénalité de Scarlett, mais le public, pour une raison ou une autre, refusa obstinément de l’accuser de ces défauts. Au contraire, tous ensemble, ils ont fait de Scarlett cette “femme forte”, l’idole de millions de personnes, parce que ce sont précisément ces qualités qui aidèrent Scarlett à survivre à la guerre de Sécession, dont parle l’histoire, et à atteindre le bien-être. Sans ces circonstances, le caractère de Scarlett aurait, sans aucun doute, été perçu tout autrement. Au final, elle montra aux femmes un chemin: de veuve à la réputation douteuse, elle devient une femme d’affaires dont les hommes réspectent et mêmes adorent. Dans les livres comme à l’écran, elle incarnait ce défi que les femmes ont toujours rêvé de lancer à la société, même si Scarlett n’était pas parfaite. Même sa capacité à faire tourner les prétendants fut perçue par le public comme une raison de l’admirer. Tout cela parce qu’elle révéla une autre “force” de la femme, dont on était auparavant gêné de parler: la ruse.

La même sensation — l’enthousiasme, le respect et l’envie devant une manière si habile de manier les relations et ses talents — est suscitée par des personnalités réelles, par exemple Gabrielle “Coco” Chanel, qui a fait une révolution dans le monde de la mode. Elle a libéré les femmes des corsets serrés, a mis à la mode la petite robe noire (ça ne vous rappelle rien? Je vous donne un indice: Catherine de Médicis), a ouvert sa propre maison de couture et a plus d’une fois pris le dessus sur des hommes qui tentaient de lui retirer son entreprise. Certes, elle ne l’a pas fondée sans leur aide, ce qui n’est pas un secret et ne fait que confirmer qu’à cette période, l’art pour une femme d’utiliser les hommes s’est soudain transformé en un talent au même titre que savoir coudre ou mener des conversations mondaines.

Quelques mots sur les princesses Disney

Dans les médias en ligne et ailleurs, on a déjà publié quantité d’analyses de l’évolution des princesses des studios Disney, parce qu’elles reflètent vraiment bien les attentes de la société et les idéaux féminins, les images auxquelles on habituait les petites filles avant qu’elles ne commencent elles-mêmes à les façonner, à les choisir. Ainsi, si l’on examine l’image de Blanche-Neige de 1937, il devient évident qu’il y avait alors une demande pour une “ménagère typique”: Blanche-Neige faisait le ménage au palais, s’occupait des nains, supportait sa méchante belle-mère, jusqu’à ce qu’un prince charmant vienne sauver cette jeune femme patiente, gentille et malheureuse. Cette image, comparée aux images ultérieures des princesses, est très “polie” et naïve, destinée avant tout aux petites filles de l’époque. “Cendrillon”, sorti en 1950, ne s’éloigne pas beaucoup de Blanche-Neige, mais on peut tout de même y remarquer un nouveau trait dans son “caractère féminin”: l’esprit critique. Elle ne défie pas encore sa belle-mère et ses sœurs toxiques, mais elle commence tout de même à leur tenir tête et à agir de façon autonome, par exemple en se rendant au bal sans demander la permission.

Cependant, la véritable “rébellion féminine” commence avec “La Petite Sirène”, sortie en 1989, où l’image d’Ariel incarne enfin celle d’une femme moderne: indépendante, séparée, fuyant l’hyperprotection et une vie qui ne lui convient pas. Ainsi, on peut observer comment, même dans les dessins animés, les images féminines acquièrent progressivement des traits plus profonds et plus tranchants et deviennent plus fortes. L’étape suivante de l’image forte parmi les princesses Disney fut Pocahontas et Mulan, les plus proches des guerrières et les égales des hommes, puis l’héroïne Tiana de “La Princesse et la Grenouille”, qui incarne une lady self-made moderne et énergique, travaillant à plusieurs emplois et sauvant l’homme au lieu d’attendre d’être sauvée. “Raiponce”, en 2010, devint un tournant, marquant l’achèvement de la transition des nymphes sublimes et délicates vers des femmes déterminées, naturelles et courageuses, avec leurs propres problèmes personnels, leurs peurs et leurs désirs. À partir de ce moment, une nouvelle génération d’images féminines est apparue chez Disney, et grâce à cela, on peut suivre à quel point les besoins et les attentes du public féminin ont changé. De la même façon que les princesses Disney changeaient, changeaient aussi les représentations d’autres femmes de l’histoire que nous avons déjà évoquées, et changeaient aussi des femmes ordinaires comme vous et moi. Tout cela, ensemble, a donné naissance à une nouvelle image unique de la femme moderne, celle que nous avons aujourd’hui et qui nous inspire avant tout nous-mêmes, celle à laquelle nous cherchons à correspondre.

À quoi ressemble la femme moderne?

La situation d’aujourd’hui concernant la place et les possibilités des femmes dans la société est, bien sûr, très différente de ce qu’elle était dans l’Antiquité ou même il y a cent ans. Ainsi, en 2023, la participation sociale des femmes a augmenté de 56% par rapport à la décennie précédente, alors même qu’elle reste nettement inférieure à celle des hommes (les femmes au Congrès et aux plus hautes fonctions politiques représentent environ 25%). Par rapport à 1950, le nombre de femmes qui travaillent et assurent elles-mêmes leurs revenus est passé, au début du XXIe siècle, de 34% à 60%. En somme, malgré le fait que des restrictions, des injustices et des déséquilibres existent encore (par exemple dans la rémunération), les femmes renforcent constamment leur présence dans tous les domaines de la vie et de l’économie.

Même les “images fortes” du Xe siècle ne paraissent plus si fortes comparées à ce qu’est aujourd’hui la femme moyenne et à ce qu’elle sait faire. Parmi les composantes clés de l’image féminine moderne, je veux immédiatement souligner que:

  1. La femme moderne conjugue maternité et carrière. Et une carrière tout aussi réussie et dynamique que celle des hommes! La femme moderne est bien plus souple, endurante et harmonieuse: nous ne sommes plus obligées de choisir une seule voie, nous pouvons nous développer dans plusieurs domaines à la fois, être des mères aimantes, des épouses aimées et des cheffes d’entreprises exigeantes. Même si cela peut être difficile, la plupart des femmes font exactement cela et ce avec une efficacité remarquable! C’est quelque chose dont les femmes du passé n’auraient même pas osé rêver, mais qui, aujourd’hui, est perçu comme une norme absolue.
  2. La femme moderne prend des initiatives dans la vie personnelle et dans les affaires. Elle lance des projets, apprend de nouveaux métiers, fait des rencontres, noue des relations professionnelles, prend en charge des directions clés, lance une nouvelle niche professionnelle, invente, propose des idées. En un mot, la femme moderne est, d’une certaine manière, plus intelligente que ses prédécesseures; ou plutôt, elle n’a pas peur de montrer cette intelligence et de l’utiliser.
  3. La femme moderne n’a pas peur de critiquer, d’exprimer son opinion et de défendre sa position. Tout comme une grande intelligence, l’esprit critique est une caractéristique féminine relativement nouvelle. Lorsque l’on nous demande d’imaginer une femme moderne, nous imaginons le plus souvent une femme vive, directe et audacieuse, qui n’hésitera pas à s’exprimer si elle est moins bien payée que son collègue, ou qui dira qu’elle n’aime pas une proposition et la refusera.
  4. La femme moderne aiment les tâches difficiles et encouragent d’autres femmes à en faire autant. Les femmes modernes ne reculent pas devant les défis et trouvent de l’inspiration dans le fait de surmonter les crises, et d’inspirer les autres à faire de même. Peut-être avez-vous vous aussi remarqué à quel point les communautés féminines se sont développées activement ces dernières années? Combien il y a désormais de femmes-sœurs, de mentors, qui ne se contentent pas de mettre en pratique une “solidarité féminine”, mais qui donnent réellement à d’autres femmes de la motivation, des conseils et des ressources, et viennent à leur secours? WE Council, par exemple, est lui aussi une communauté de femmes, loin d’être la seule, mais toutes nos participantes se soutiennent mutuellement, et leur nombre ne fait qu’augmenter chaque mois.
  5. La femme moderne n’a pas honte d’être une femme, au contraire elle le souligne. La féminité a cessé d’être un défaut et une faiblesse, comme elle l’a été pendant de longs siècles. Aujourd’hui, la féminité est un avantage, une force, et il n’est plus nécessaire de la cacher: il faut l’utiliser et la transformer en arme. Je me souviens de mes débuts, quand, au commencement de ma carrière, j’essayais de ressembler aux hommes: je m’habillais de façon terne et fermée, je saluais même comme eux. Puis j’ai compris tout le charme du faite d’être une femme dans le monde des affaires et du business, et désormais, bijoux, rouge à lèvres, costumes de couleuirs sont devenu quelque chose de tout à fait normal pour moi, même en réunion.

Bien sûr, nous ne correspondons pas toutes parfaitement et à 100% à cette image; c’est plutôt un idéal vers lequel la femme moderne tend et qu’elle réalise en elle-même dans la mesure de ses possibilités et de ses ressources. Nous avons toutes des ambitions et des désirs différents, des talents et des particularités différentes, vous n’êtes donc pas obligée de rassembler ce combo en vous. Ainsi, le cinquième point, “ne pas avoir honte d’être une femme”, signifie aussi qu’une femme moderne peut rester femme au foyer et n’assumer qu’un rôle maternel, si elle le souhaite elle-même. Le mot-clé ici est “elle-même” et c’est là le cœur de l’image de la femme moderne. La femme moderne ne suit plus personne: elle mène et décide de tout par elle-même.

Ces femmes se réuniront lors de la prochaine WE Convention 2025, les 1er et 2 novembre à Dubaï, à laquelle vous pouvez vous aussi vous joindre! L’ancienne rédactrice en chef de Vogue et icône de la mode Anna Wintour, l’autrice du best-seller Sex and the City Candace Bushnell, la directrice générale de Microsoft Egypt Myrna Arif et bien d’autres femmes leaders remarquables et fortes se rassembleront pour écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de l’évolution de l’image féminine. Leur exemple prouve que vous aussi, vous pouvez acquérir cette force qui s’est accumulée chez les femmes depuis le commencement des temps. On peut enfin la montrer et la partager avec le monde entier!